Et si vous étiez désigné « juré » aux Assises ?

Envie de faire part de mon expérience de jurée…

Le rôle de juré d’Assises fait partie de notre devoir de citoyen, même si on a tendance à l’oublier. Après deux tirages au sort effectués par la mairie de ma commune, à une année d’intervalle, j’ai reçu une convocation des Assises me précisant mon obligation de me présenter au tribunal d’Avignon à une date et heure précise sous peine de payer une amende de 3750 Euros en cas de refus, et sans motif légitime. J’ai dû prendre mes disponibilités sur une période de deux semaines et demie pour cinq procès à venir.

Je suis passée de la désagréable surprise à la colère ; me rendre disponible, cela signifiait mettre ma vie entre parenthèses. J’avais l’impression d’être prise en otage et me retrouvais face à mon impuissance et à ma responsabilité de citoyenne modèle. J’avais un mois pour m’y préparer et trouver un sens à cette expérience.

Cela a débuté par une matinée de formation et nous avons vite été immergés dans l’ambiance du tribunal. Milieu austère, où des faits sont déballés froidement devant juge, greffier, huissier, avocats, jurés, journalistes et public (quand il ne s’agit pas d’un huis clos) dans lequel je ne me sens pas forcément très à l’aise. Malgré tout, la justice se veut humaine et essaie d’être la plus juste possible. Sont confrontés victime et accusé, en grande majorité pour des agressions sexuelles et viols ou vols à main armée ; je ne peux m’empêcher de me mettre à la place de chacun d’eux, tout en percevant leur douleur, souffrance et même de la honte dans leur regard fuyant. Les jurés sont tirés au sort et peuvent être récusés par les avocats des deux parties adverses sans raisons fondées. Puis, l’équipe de jurés étant constituée, nous avons le choix : partir ou assister à l’audience (sauf, s’il s’agit d’un huis clos).

J’ai été tirée au sort une seule fois et récusée à mon plus grand soulagement ; écouter les deux parties déballer des faits dévoilant les côtés les plus vils de l’homme, leur souffrance ou remords, en se devant de garder le masque de neutralité tout le long du procès pour enfin, les juger soulevait la crainte, chez moi, de débordements émotionnels liés à ma propre histoire.

Avec du recul, je mesure l’importance de la confrontation des deux parties face à la justice et aux représentants de la société.

L’agresseur est mis face à la responsabilité de ses actes de violence sur autrui et de ses conséquences. Il est important pour nous citoyens (magistrat, jurés, public et victime) de comprendre l’agresseur et son ressenti en lien avec son éducation, ses blessures de vie même s’il n’est pas excusable. Juger une personne n’est pas si simple et nous ne pouvons pas être rigide et catégorique ; c’est une lourde responsabilité que de juger.

Quant à la victime, partager sa souffrance, la verbaliser, être entendue et écoutée par le public et magistrat, être reconnue dans son statut de victime, être confrontée à son agresseur pour comprendre les raisons de l’acte perpétré et peut-être, entendre des excuses de sa part est primordial dans le chemin l’amenant au pardon et à la résilience. Le traumatisme subit va amener la personne à faire un travail de deuil plus ou moins long pour parvenir à la reconstruction de soi et au pardon. Pardonner va permettre à la victime de couper les liens avec son agresseur et de se libérer de sa colère destructrice. Celle-ci, non exprimée, enferme la personne dans la haine, désir de vengeance et sentiment de culpabilité responsable d’auto - agression. Extérioriser sa souffrance, retrouver l’estime de soi, laisser son passé derrière soi est un cheminement amenant la personne à quitter son statut de victime et à redevenir maître de sa vie. On n’accepte pas ce qui a eu lieu mais le considérer comme faisant partie de son passé permet de se libérer soi-même.

« Quand tu pardonnes, tu ne changes pas le passé mais tu changes assurément l’avenir ». Anonyme

La conception du chemin qui amène au pardon peut surprendre, voire choquer certaines personnes et peut paraître impensable mais pardonner ne signifie pas excuser. C’est le passage obligé pour sortir de sa souffrance, de sa position de victime, trouver paix et sérénité afin de rebondir.

Finalement, cette expérience m’a permis de me confronter à mes vieux démons et de prendre conscience de la dimension du pardon. J’accepte que le pardon soit le plus grand remède : je me pardonne à moi – même et aux autres.

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